
La fascination de l'européen
Dans la catégorie, chose que je n'avais pas prévue de découvrir au cours de mes voyages (et que je finis par vérifier et revérifier) je classe, l'existence d'une fascination pour l'Europe et pour l'européen en général.
Peut être n'avais-je pas pensé que l'Europe puisse fasciner. On nous parle de notre incohérence politique à 25, de la super puissance Américaine ou de la montée en puissance des BRICS. Je n'avais pas pensé qu'il puisse encore fasciner, le vieux continent.

Aurais-je été victime de la « single story », en hommage à Sheena Iyengar dans sa conférence TED (Have you meet TED ? mais non pas la série, Ideas worth spreading, en anglais mais ça certaines vidéos valent vraiment le coup).
C'est vrai que dans mes livres d'histoire j'avais plutôt tendance à me sentir coupable. L'Europe et sa relation avec le monde extérieur, ça commence par la colonisation. Alors en arrivant ici au Brésil, je faisais attention, sans trop savoir comment, je sentais le lourd fardeau de l'Histoire (L'Histoire avec sa grande H). J'avais du mal à sortir du schéma : on les a longtemps traité d'inférieurs voire de sous-développés.
Je me souviens la première fois que j'ai ouvert à la bibliothèque un livre datant de 1944 sur des données démographiques au Brésil (oui oui je suis toujours à la recherche de mes petits japonais) et que j'ai lu « Le Brésil, pays sous-développé » ! On ne peut pas ne pas réagir. Fermeture de la parenthèse.

La fascination de l'européen persiste et je ne saurais l'expliqué ou du moins j'ai quelques intuitions. Au Brésil c'est presque tous les jours que j'entends « oui mais en Europe tout est plus développé », « vous êtes plus évolués ». Ce n'est pas que je pense le Brésil plus avancé, c'est que je m'étonne à chaque fois d'entendre un tel jugement de la part d'un peuple qui a été colonisé.
Si vous entendez le mot Europe dans une discussion politique ( et à l'approche de élections brésiliennes les occasions sont fortes) cela donne « Un tel scandale n'aurait pas été possible en Europe », « en Europe tout est tellement mieux ».
Finalement je me demande si on ne rentre pas dans le schéma « L'herbe est toujours bien plus verte ailleurs ». L'Europe reste idéalisée et quelque part elle peut toujours servir de conclusion d'argument.

Mais ce n'est pas fini les amis, la fascination de l'Europe et de l'europée, elle est aussi au Japon!
Le Japon a toujours eu une attitude ambivalente vis-à-vis de l'Europe d'attrait et de rejet. Laissons les japonais à leur nihonjinron, car on constate que peut importe les étrangers que l'on puisse être, il sera toujours difficile d'être considéré pleinement par les japonais (en tout cas leur descendants historiques vivant en dehors du Japon le sont difficilement).
Si je savais que les japonais avait une fascination pour l'Europe, en revanche je ne savais pas qu'il en avais une pour l'européen.
C'est le point intéressant que m'a appris un professeur de droit à São Paulo, japonais de nationalité, ayant passé toute son enfance au Brésil et qui s'est retrouvé au Japon à bredouiller en japonais « Vous pouvez m'indiquez... » dans une des stations de Tokyô.
« Vous les européens quand vous arriver au Japon et que vous parlez un peu japonais c'est un miracle : aaah nihonkin desu ka, doko kara kimashita (Ah vous être étranger, Vous venez d'où). Moi quand je suis arrivée au Japon j'avais appris un de japonais, j'avais la tête d'un japonais et quand je me suis adressé à l'employé il ne m'a même pas répondu, il a du me prendre pour un plouc de la campagne qui ne comprend pas la ville. Il a tourné la tête me montrant que je pouvais passer mon chemin. »

Là j'avoue il marque un point. On m'a toujours aidé au Japon, du moins lorsque je demandais.
Après ça fascine, ça fascine mais quelle image fascine ? Là encore les clichés et préjugés ne manquent pas.



